Vendredi 11 Septembre 2026 -

Infos Flash

  • Pour vos reportages contacter le (+225) 05 44 69 87 04

Actualité Economie

GUCECONNECT 2026 : la Côte d’Ivoire joue la carte du numérique pour consolider son leadership logistique régional

lereperedabidjan

Dans un monde où la rapidité de circulation des marchandises devient aussi déterminante que leur production, la Côte d’Ivoire entend prendre une longueur d’avance. À travers la première édition du forum Guceconnect, ouverte ce lundi 8 juin 2026 à Cocody, les autorités ivoiriennes ont affiché une ambition claire : faire de la digitalisation un levier majeur de compétitivité et de souveraineté économique.

 

Placée sous le thème « Digitalisation des chaînes logistiques multimodales pour un commerce extérieur plus performant », cette rencontre a réuni les principaux acteurs publics et privés du secteur logistique autour d’une question devenue centrale : comment adapter le commerce extérieur ivoirien aux exigences d’une économie mondiale de plus en plus connectée, rapide et fondée sur la donnée ?

 

Au-delà des discours institutionnels, ce forum révèle surtout une réalité économique incontournable. Désormais, la performance d’un pays ne se mesure plus uniquement à la qualité de ses ports, de ses routes ou de ses infrastructures physiques. Elle dépend également de sa capacité à faire circuler l’information, à fluidifier les procédures administratives et à connecter en temps réel l’ensemble des intervenants de la chaîne logistique.

 

C’est précisément cette mutation que le gouvernement ivoirien entend accompagner.

 

Présidant la cérémonie d’ouverture, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Ibrahim Kalil Konaté, a replacé la digitalisation dans une perspective beaucoup plus large qu’une simple modernisation technique. Pour lui, l’enjeu touche directement à la compétitivité nationale, à l’attractivité économique du pays et à son intégration dans les grands circuits du commerce mondial. « La digitalisation des chaînes logistiques multimodales est bien plus qu’un projet technique. Elle est une priorité stratégique nationale, un accélérateur de croissance et un vecteur d’intégration régionale et mondiale », a-t-il souligné.

 

Derrière cette déclaration se dessine l’une des ambitions majeures de la Côte d’Ivoire : renforcer son statut de plateforme commerciale incontournable en Afrique de l’Ouest. Car dans un contexte de concurrence accrue entre les grands ports du continent, la bataille se joue désormais autant sur la qualité des infrastructures que sur l’efficacité des systèmes numériques qui les accompagnent.

 

Cette vision a également été portée par le président du Conseil d’administration du Guichet unique du commerce extérieur de Côte d’Ivoire (Guce-CI), Issouf Fadiga. Revenant sur la genèse de cette plateforme, il a rappelé qu’elle procède d’une volonté politique de simplification et de modernisation des échanges commerciaux.

 

Selon lui, la maîtrise des données commerciales, des procédures administratives et des flux logistiques constitue aujourd’hui un enjeu de souveraineté économique aussi stratégique que le contrôle des infrastructures elles-mêmes.

 

À travers le développement du Port Community System (PCS), la Côte d’Ivoire cherche ainsi à bâtir un écosystème numérique capable de connecter l’ensemble des acteurs du commerce extérieur, de réduire les délais de traitement, d’améliorer la transparence des opérations et de renforcer la confiance des investisseurs.« Notre ambition est claire : faire du Port Community System un instrument de souveraineté, de performance et de confiance », a affirmé Issouf Fadiga.

 

L’enjeu est d’autant plus important que l’entrée en vigueur progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre une nouvelle ère de concurrence et d’opportunités commerciales sur le continent. Dans ce nouvel environnement, les pays capables de fluidifier leurs échanges et de réduire les coûts logistiques disposeront d’un avantage décisif.

 

Le directeur général du Guce-CI, Kitifolo Kignaman-Soro, a d’ailleurs insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective pour construire une chaîne logistique capable de résister aux chocs économiques mondiaux et aux perturbations des échanges internationaux.

 

Mais l’un des enseignements majeurs de cette première édition est venu de la conférence inaugurale animée par le spécialiste en logistique et transport maritime, Dr Alain Dago Gohomé.

 

S’appuyant sur plusieurs travaux de recherche consacrés aux chaînes logistiques africaines, l’expert a mis en évidence une transformation profonde du secteur : la donnée devient désormais la ressource stratégique la plus précieuse.Grâce à l’exploitation des informations en temps réel, les opérateurs peuvent aujourd’hui anticiper les congestions, optimiser les itinéraires, améliorer la traçabilité des marchandises et accélérer les prises de décision. 

 

Une révolution silencieuse qui redéfinit progressivement les standards de performance dans le commerce international. Toutefois, les défis demeurent importants. Les études présentées révèlent que de nombreux guichets uniques africains fonctionnent encore avec des procédures partiellement manuelles, limitant leur efficacité et ralentissant l’intégration régionale.

 

L’exemple des plus de 1 500 certificats d’origine déjà échangés entre la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo illustre à la fois les progrès réalisés et l’immense potentiel encore à exploiter. Au fond, Guceconnect 2026 apparaît comme bien plus qu’un simple rendez-vous technique. Il marque une étape dans la volonté de la Côte d’Ivoire de transformer son commerce extérieur en un outil de puissance économique, de compétitivité régionale et d’influence continentale.

 

Dans la course mondiale à la performance logistique, le pays fait le pari que les infrastructures du futur ne seront pas seulement faites de béton et d’acier, mais également de données, d’interconnexion et d’intelligence numérique.

D.M

lereperedabidjan
`