Dans un
monde où la rapidité de circulation des marchandises devient aussi déterminante
que leur production, la Côte d’Ivoire entend prendre une longueur d’avance. À
travers la première édition du forum Guceconnect, ouverte ce lundi 8 juin 2026
à Cocody, les autorités ivoiriennes ont affiché une ambition claire : faire de
la digitalisation un levier majeur de compétitivité et de souveraineté
économique.
Placée sous le thème « Digitalisation des chaînes logistiques multimodales pour un commerce extérieur plus performant », cette rencontre a réuni les principaux acteurs publics et privés du secteur logistique autour d’une question devenue centrale : comment adapter le commerce extérieur ivoirien aux exigences d’une économie mondiale de plus en plus connectée, rapide et fondée sur la donnée ?
Au-delà des
discours institutionnels, ce forum révèle surtout une réalité économique
incontournable. Désormais, la performance d’un pays ne se mesure plus
uniquement à la qualité de ses ports, de ses routes ou de ses infrastructures
physiques. Elle dépend également de sa capacité à faire circuler l’information,
à fluidifier les procédures administratives et à connecter en temps réel
l’ensemble des intervenants de la chaîne logistique.
C’est précisément cette mutation que le gouvernement
ivoirien entend accompagner.
Présidant la
cérémonie d’ouverture, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de
l’Artisanat, Ibrahim Kalil Konaté, a replacé la digitalisation dans une
perspective beaucoup plus large qu’une simple modernisation technique. Pour
lui, l’enjeu touche directement à la compétitivité nationale, à l’attractivité
économique du pays et à son intégration dans les grands circuits du commerce
mondial. « La digitalisation des chaînes
logistiques multimodales est bien plus qu’un projet technique. Elle est une
priorité stratégique nationale, un accélérateur de croissance et un vecteur
d’intégration régionale et mondiale », a-t-il souligné.
Derrière cette déclaration se dessine l’une des ambitions majeures de la Côte d’Ivoire : renforcer son statut de plateforme commerciale incontournable en Afrique de l’Ouest. Car dans un contexte de concurrence accrue entre les grands ports du continent, la bataille se joue désormais autant sur la qualité des infrastructures que sur l’efficacité des systèmes numériques qui les accompagnent.
Cette vision
a également été portée par le président du Conseil d’administration du Guichet
unique du commerce extérieur de Côte d’Ivoire (Guce-CI), Issouf Fadiga.
Revenant sur la genèse de cette plateforme, il a rappelé qu’elle procède d’une
volonté politique de simplification et de modernisation des échanges
commerciaux.
Selon lui,
la maîtrise des données commerciales, des procédures administratives et des
flux logistiques constitue aujourd’hui un enjeu de souveraineté économique
aussi stratégique que le contrôle des infrastructures elles-mêmes.
À travers le
développement du Port Community System (PCS), la Côte d’Ivoire cherche ainsi à
bâtir un écosystème numérique capable de connecter l’ensemble des acteurs du
commerce extérieur, de réduire les délais de traitement, d’améliorer la
transparence des opérations et de renforcer la confiance des investisseurs.« Notre ambition est claire : faire du
Port Community System un instrument de souveraineté, de performance et de
confiance », a affirmé Issouf Fadiga.
L’enjeu est
d’autant plus important que l’entrée en vigueur progressive de la Zone de
libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre une nouvelle ère de
concurrence et d’opportunités commerciales sur le continent. Dans ce nouvel
environnement, les pays capables de fluidifier leurs échanges et de réduire les
coûts logistiques disposeront d’un avantage décisif.
Le directeur
général du Guce-CI, Kitifolo Kignaman-Soro, a d’ailleurs insisté sur la
nécessité d’une mobilisation collective pour construire une chaîne logistique
capable de résister aux chocs économiques mondiaux et aux perturbations des
échanges internationaux.
Mais l’un
des enseignements majeurs de cette première édition est venu de la conférence
inaugurale animée par le spécialiste en logistique et transport maritime, Dr
Alain Dago Gohomé.
S’appuyant
sur plusieurs travaux de recherche consacrés aux chaînes logistiques
africaines, l’expert a mis en évidence une transformation profonde du secteur :
la donnée devient désormais la ressource stratégique la plus précieuse.Grâce à
l’exploitation des informations en temps réel, les opérateurs peuvent
aujourd’hui anticiper les congestions, optimiser les itinéraires, améliorer la
traçabilité des marchandises et accélérer les prises de décision.
Une
révolution silencieuse qui redéfinit progressivement les standards de
performance dans le commerce international. Toutefois, les défis demeurent
importants. Les études présentées révèlent que de nombreux guichets uniques
africains fonctionnent encore avec des procédures partiellement manuelles,
limitant leur efficacité et ralentissant l’intégration régionale.
L’exemple
des plus de 1 500 certificats d’origine déjà échangés entre la Côte d’Ivoire,
le Sénégal et le Togo illustre à la fois les progrès réalisés et l’immense
potentiel encore à exploiter. Au fond, Guceconnect 2026 apparaît comme bien
plus qu’un simple rendez-vous technique. Il marque une étape dans la volonté de
la Côte d’Ivoire de transformer son commerce extérieur en un outil de puissance
économique, de compétitivité régionale et d’influence continentale.
Dans la
course mondiale à la performance logistique, le pays fait le pari que les
infrastructures du futur ne seront pas seulement faites de béton et d’acier,
mais également de données, d’interconnexion et d’intelligence numérique.
D.M