À Abidjan-Cocody, les 27 et 28 juin 2025, se tient la première édition du Salon de la Gémellité et des Naissances Multiples. Une grande première en Côte d’Ivoire, qui a rassemblé médecins, familles et acteurs sociaux autour d’un même enjeu : mieux comprendre les réalités médicales, psychologiques et culturelles liées aux naissances multiples. Entre vérités scientifiques, récits de terrain et plaidoyers, ce salon inédit pose les jalons d’un changement de regard ,et de politique, sur un phénomène aussi fascinant que complexe .
La commune de Cocody à Abidjan accueille la toute première édition du Salon de la Gémellité et des Naissances Multiples. Un événement inédit, organisé sous l’égide du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, avec pour ambition d’informer, sensibiliser et briser les tabous autour de la naissance de jumeaux et des naissances multiples.
L’un des temps forts de ce salon a été le panel scientifique, réunissant trois spécialistes reconnus : la professeure Akaffou Evelyne, pédiatre néonatologiste, le professeur Oko Téa David, généticien moléculaire clinique, et le docteur Yesufu Akim, gynécologue obstétricien. Ensemble, ils ont levé le voile sur les aspects médicaux, génétiques et néonatals de la gémellité.
Le professeur Oko Téa David a rappelé les fondements scientifiques : « Il existe deux types de jumeaux : les identiques, issus d’un seul ovule qui se divise, et les fraternels, issus de deux ovules fécondés par deux spermatozoïdes différents.»
Il a aussi précisé que la gémellité n’est pas héréditaire dans tous les cas, même si certains antécédents familiaux peuvent augmenter les probabilités. Le Bénin détient le record mondial avec 28 naissances de jumeaux pour 1 000 naissances.
Le docteur Yesufu Akim a, lui, insisté sur l'importance d’un suivi médical rigoureux « Le diagnostic du type de gémellité dès le premier trimestre est essentiel. Savoir si les fœtus partagent le même placenta permet de prévenir des complications graves comme le syndrome du transfuseur-transfusé. »
Il a également souligné les risques accrus liés à ces grossesses : prématurité, hémorragies, fausses couches, ou encore la rétention du second jumeau à l’accouchement.
La professeure Akaffou Evelyne a quant à elle mis en lumière les progrès remarquables réalisés en néonatalogie en Côte d’Ivoire « Autrefois, un enfant né à six mois n’avait presque aucune chance. Aujourd’hui, grâce à l’évolution des soins néonataux, nous pouvons assurer leur survie. »
Une réalité sociale encore trop ignorée
Ce salon ne s’est pas limité à l’aspect médical. Il a aussi donné la parole à ceux qui militent pour une meilleure prise en charge sociale des familles concernées.
Adama Koné, directeur de la promotion de la famille et représentant la ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant ,marraine de la cérémonie, a tenu à rappeler « Historiquement, les jumeaux ont été perçus comme des êtres extraordinaires, parfois bénis, parfois maudits. Certaines croyances ont conduit à des pratiques d’abandon ou d’infanticide. Mais aujourd’hui, grâce à la sensibilisation et à l’évolution des lois, ces pratiques reculent. »
Un message appuyé par Eve Adjobi, présidente de l’ONG Materni'Twins « La gémellité fascine, attendrit. Mais elle cache aussi des réalités complexes. Les jumeaux ne sont pas un seul enfant en double. Ce sont deux êtres à part entière, avec chacun leur propre identité, leurs émotions, leur développement personnel. Malheureusement, nos politiques publiques, nos structures de santé et d’éducation les prennent encore trop peu en compte.»
Les statistiques du ministère de la Santé confirment l’ampleur du phénomène :
18 187 naissances multiples en 2022
plus de 19 000 en 2023
et 18 397 en 2024
Une tendance qui souligne l’urgence d’une prise en charge adaptée.
Un rendez-vous appelé à durer
Cette première édition du Salon de la Gémellité marquera les esprits. Professionnels de santé, familles et grand public saluent un événement à la fois informatif, éducatif et profondément humain.
Un rendez-vous désormais appelé à devenir incontournable en Afrique de l’Ouest, pour mieux comprendre, accompagner et valoriser ces naissances si particulières.
N'Guessan