Vendredi 06 Décembre 2019 -

Infos Flash

  • Pour vos reportages contacter le +225 08708435

Actualité Politique

COTE D’IVOIRE-Pulchérie Gbalet, livre son message à l’ocassion de la Journée Nationale de la paix

lereperedabidjan

Depuis le 15 novembre 2017, nous avions lancé l’opération « zéro violence en 2020 » et fait de la réconciliation nationale notre cheval de bataille, face aux graves menaces qui planaient déjà sur la paix sociale. Aujourd’hui, c’est le 15 novembre, journée nationale de la paix et Il importe pour nous après deux (2) ans […]

La réconciliation était déjà en panne sèche car, d’une part, l’opposition ne voulait pas en entendre parler parce que meurtrie par les persécutions de tout genre, et d’autre part, le pouvoir ivoirien avait fait du vocable “réconciliation” un slogan. Or une réconciliation ne se décrète pas mais se traduit par des gestes et des ACTES FORTS.

Cette conférence de presse est une conférence bilan sur la réconciliation, car nous sommes maintenant à onze (11) mois des élections sans qu’un minimum n’ait été acquis pour des élections apaisées. Les dernières élections locales ont été très édifiantes pour avoir une idée de ce que pourrait être 2020.
Elle s’articulera donc autour de quatre (4) points majeurs que sont :
NOS ACTIVITES POUR LA RECONCILIATION ET LE BILAN ACTUEL
NOTRE ANALYSE DU CONTEXTE
NOS PROPOSITIONS POUR LA RECONCILIATION
NOTRE PROGRAMME A COURT TERME

I. NOS ACTIVITES POUR LA RECONCILIATION ET LE BILAN ACTUEL
La Réconciliation étant l’épine dorsale de la lutte que nous menons depuis 2017, le FORSCI a mené dix (10) activités principales suivantes :

Des conférences de presses chaque fois que besoin était ;
Des déclarations sur l’actualité ;
Une campagne de sensibilisation du 25 novembre 2017 à Treichville au 31 mars 2018 à Bouaké ;
Une formation des populations aux valeurs démocratiques et citoyennes sur la même période que la campagne de sensibilisation ;
Une pétition pour une amnistie générale lancée le 25 janvier 2018 ;
Un courrier au Chef de l’Etat pour demander une amnistie générale ;
Un avant-projet de loi sur la réconciliation transmis à l’Assemblée nationale le 20 août 2018 ;
Une proposition pour la réforme de la loi sur la CEI en février 2019 ;
Des démarches diplomatiques ;
Et enfin la création de plusieurs plateformes :
Action pour la Restauration de la Dignité Humaine (ARDH) le 13 septembre 2018 pour accentuer la lutte sociale ;
Alternative Citoyenne Ivoirienne (ACI) le 05 mars 2019 pour tous les problèmes d’intérêts général dont les élections apaisées en 2020 ;
Initiative de la Société Civile pour la Réconciliation Nationale (ISCIR) pour une dernière tentative de contribuer à un minimum en matière de réconciliation avant les élections.

Force est malheureusement de constater un manque de volonté politique criard. En effet, depuis que nous avons commencé à travailler sur la réconciliation, jamais aucune institution de la République ne nous a reçu pour ne serait-ce que pour nous écouter. Et pendant qu’à travers ISICIR, nous avons engagé des consultations auprès de tous les acteurs politiques et sociaux, en espérant après ces consultations élaborer une stratégie consensuelle que nous aurions soumis à tous ces acteurs en atelier, nous apprenons avec consternation et stupeur que le Chef de l’Etat aurait demandé à la CPI de maintenir le Président Laurent Gbagbo loin du pays. Parallèlement, le Ministre Charles Blé Goudé est poursuivi en Côte-d’Ivoire.

Tous ces actes sont non seulement de nature à accentuer les tensions politiques, mais ils sont évidemment des preuves que le pouvoir d’Abidjan ne veut pas en réalité de la réconciliation.
Nous sommes heureusement des contemporains de la crise ivoirienne et nous savons tous la liste de tous ceux qui mériteraient d’être poursuivis. Quel est donc ce zèle amer à moins d’un an des élections ? Que veut réellement le Chef de l’Etat qui selon notre constitution est le garant de l’unité nationale ?

Face à ce contexte qui ne présage rien de bon pour 2020, que devons-nous faire ? En 2010, nous avons tous été surpris par la guerre, mais aujourd’hui, nous fonçons droit dans le mur avec :
Un dialogue politique inexistant ;
Un dialogue social non constructif ;
Une CEI mal recomposée et déjà contestée ;
Des CNI périmées qui dit-on doivent désormais servir de carte d’électeur sans qu’on ne se presse pour définir une période pour leur renouvellement. Cela dit des organisations sont en lutte pour sa gratuité ;
Une liste électorale non actualisée sans que là aussi on ne se presse pour entamer le processus. L’idéal serait que cela se fasse dans les meilleurs délais après un retour sécurisé des exilés ;
Un découpage électoral décrié par l’opposition ;
Un code électoral non actualisé et
Un conseil constitutionnel non rassurant.
Au risque de nous répéter, nous réaffirmons l’incapacité du pouvoir actuel à :
– Définir une stratégie de réconciliation réaliste ;
– Créer le dialogue politique et social inclusif sur les questions essentielles ;
– Reconnaitre ses erreurs et les réparer courageusement ;
– Assurer la sécurité de tous les ivoiriens quel que soit leur bord politique ;
– Prendre des décisions courageuses, tels que la libération de tous les prisonniers politiques, le retour effectif de tous les exilés et le retour du Président Gbagbo sans lequel la réconciliation est impossible.

Il faut donc que le pouvoir en place reconnaisse son échec et aie l’humilité d’entrer dans une véritable dynamique constructive pendant qu’il est encore temps.

Que devons faire, en notre qualité de société civile face à ce tableau qui présage une autre crise post-électorale ?
Devons-nous comme des moutons nous laisser conduire à l’abattoir ?
Nous, société civile répondons « NON » !

II. NOTRE ANALYSE DU CONTEXTE
Partout dans le monde, là où il y eu des conflits, la réconciliation apparaît comme un impératif et des négociations de sorties de conflit et des discussions sur les paramètres de l’après-guerre. En en appelant à la « réconciliation », l’idée première est d’encourager les parties en conflit à aller au-delà d’une simple négociation de la fin des violences.

Si on s’en tient à l’étymologie même du mot, il s’agit de chercher à réassembler, remettre en état ou rétablir des relations qui ont été endommagées, ici par un conflit inter ou intra étatique violent.
Plus précisément, parler de « réconciliation » est un moyen d’envisager un rapprochement entre les parties en conflit. Ce rapprochement passe par la reconnaissance de l’autre afin que ce dernier ne soit plus considéré comme un « ennemi », mais bien comme un partenaire et un semblable. La confiance est souvent présentée comme nécessaire à la réconciliation pour dépasser un passé marqué par les divisions, et penser un futur en commun.

Si quelques efforts ont été accomplis en matière de Réconciliation dans notre pays, à savoir l’amnistie des 800 prisonniers de la crise post-électorale, le retour d’une partie des exilés et réfugiés, force est de reconnaître que le processus est aujourd’hui crispé et que beaucoup reste à faire.

Du côté du pouvoir comme de l’opposition nous assistons à un véritable dialogue de sourds, tellement les positions sont aujourd’hui tranchées et même radicalisées. Les alliances ont été faites et défaites à mille reprises dans le jeu politique ivoirien, au gré des intérêts des politiques. Ainsi, trois des principaux acteurs de la politique ivoirienne ont vu leurs chemins se rencontrer à un moment ou à un autre. Certaines fois, ils étaient adversaires et d’autres alliés.

Comme si nous ne vivions pas dans le même pays, le pouvoir estime que les ivoiriens sont réconciliés et qui fait de l’organisation des prochaines échéances électorales sa priorité, alors que la réalité, c’est que les conditions pour des élections apaisées ne sont réunies.
Pour nous, la paix n’a pas de Prix. Aucun sacrifice n’est assez grand pour y accéder. C’est au nom de ce principe que chacun de nous doit faire des efforts pour préserver l’Unité Nationale.
Le contexte dans lequel nous sommes actuellement est très inquiétant parce que nous ne sommes pas dans un Etat de droit en raison du net recul démocratique que nous ne cesserons de dénoncer. La liberté d’association, de réunion et d’expression qui fait partie des droits fondamentaux et inaliénables est toujours fortement menacée.

Je suis moi-même une des victimes et je continue d’être menacée. Les exemples sont légions et une bonne partie de la population est expropriée de ses moyens de production. Maintenant il faut être au RHDP pour être libre.

En matière de réconciliation, puisque c’est de réconciliation que nous parlons aujourd’hui, au-delà de la conception commune qui voit les rapports entre bourreaux et victimes, et les rapports communautaires qui sont mauvais, les ivoiriens sont en crise avec les institutions et ont besoin d’être réconciliés avec elles.
En effet :

La justice qui est la garante de l’Etat de droit se laisse instrumentaliser et pratique une justice à vitesse variable.

Chaque citoyen devrait se sentir protégé par la justice, mais les ivoiriens n’ont donc plus confiance en leur justice et les magistrats eux-mêmes ont dû manifester pour demander leur autonomie. Pour ne parler que du cas du viol des enfants, certains coupables tel que Monsieur Caldérat qui abusent de ses propres enfants, sont toujours en liberté ;

L’Assemblée nationale qui est censée représenter le peuple, vote des lois anticonstitutionnelles tel que le nouveau code pénal, et d’autres contre les intérêts du peuple telle que celle sur la CNI. L’assemblée nationale ne représente donc plus les intérêts du peuple ;

Les forces de l’ordre dont le rôle est protéger le territoire et les citoyens sont devenues une milice au service du pouvoir, pire, elles témoignent de leur manque de formation républicaine. Comment des prétendues forces spéciales peuvent-elles s’attaquer à la police ?

Vous voyez donc que pour ne citer que ces exemples, qu’en plus de la réconciliation entre bourreaux et victimes, il nous faut une réconciliation en profondeur et c’est en principe aux autorités de donner l’exemple, alors qu’en Côte d’Ivoire, elles sont championnes les violations constitutionnelles et les passages en force.
Au plan social, en plus des conflits communautaires, il existe des multitudes d’abus et d’injustices, le système éducatif est défaillant et le système sanitaire également. Le chômage est devenu extrême puisque plusieurs secteurs sont sinistrés par des décisions gouvernementales tels que les opérateurs des pompes funèbres, les importateurs de véhicules.

III- NOS PROPOSITIONS POUR LA RECONCILIATION
Comme l’a dit le premier président de la République de Côte d’Ivoire Félix Houphouët-Boigny, “la paix ce n’est pas un vain mot mais un comportement”. Ce comportement doit être ressenti à tous les niveaux, dans nos actions de tous les jours.

Malheureusement nous sommes dans une impasse. La récente et grave crise que nous avons connue devrait nous interpeller. Malheureusement personne n’a su tirer les leçons du passé. Si rien n’est fait, nous nous acheminerons droit dans le mur. La situation risque d’être pire qu’en 2011. Nous en tant que société civile ne pouvons pas rester indifférents face à ce qui se profile à l’horizon. C’est le temps de tirer la sonnette d’alarme. Car en réalité les politiques ont échoué.

En réalité chacun est mu par une ambition personnelle. Nous nous rendons compte que les politiciens sont en réalité irréconciliables tant que leurs intérêts sont divergents. Ils pensent plus à eux-mêmes qu’au peuple. Il appartient donc au peuple de prendre ses responsabilités pour leur imposer la paix.

Les populations civiles sont les grandes oubliées alors que ce sont elles qui en payent le lourd tribut. Elles peuvent être la cible de meurtres ou de viols, mais peuvent aussi être victimes des conflits de façon indirecte, par exemple par la destruction de leur milieu de vie, ou par la perte d’un proche. Pour ne plus faire le décompte macabre des morts, nous, populations civiles devons prendre nos responsabilités.
Dans toutes les régions du monde, bâtir la paix, c’est prendre le risque, le risque du dialogue, du compromis, de la reconstruction et de la confiance. C’est ce dont la Côte d’Ivoire a besoin.

Etant donné que tous les politiques parlent de réconciliation sans proposer la façon d’y arriver concrètement, la société civile à travers ACI a décidé de prendre ses responsabilités.

Nous avons deux propositions majeures :

La première consiste à proposer un dialogue INCLUSIF entre toutes les composantes de la société ivoirienne, afin de proposer des solutions consensuelles pour des élections apaisées et une paix durable dans notre pays. Cela fait neuf (9) mois que ACI plaide pour ce dialogue en vain. C’est une concertation exigeante et transparente. Nous n’aurons jamais de réconciliation si nous sommes dans l’incapacité de nous parler et l’initiative de ce dialogue est de la responsabilité exclusive du Chef de l’Etat qui selon la constitution est le garant de l’unité nationale. Avec un peu de bonne volonté du pouvoir en place, on peut faire un minimum avant juin 2020 et aller aux élections. Il est important de préciser que nous ne cautionnerons pas de report. Il est donc impératif dans le cadre de ce dialogue inclusif de :

Faire venir le Président Gbagbo, le Ministre Blé Goudé et tous les exilés ;
De libérer les prisonniers militaires ;
De reformer la CEI avec l’opposition et la société civile significative ;
D’aborder toutes les autres questions énumérées plus haut et liées à l’environnement électoral ;
De trouver un minimum de consensus entre tous les acteurs pour aller aux élections.

La seconde chose, c’est que nous avons pris l’initiative d’effectuer un voyage d’étude au Rwanda pour nous imprégner de leur expérience en matière de réconciliation et voir comment en tirer des leçons pour la Côte-d’Ivoire. Et ce que nous avons appris d’essentiel, c’est que la réconciliation devrait être conçue comme un PROGRAMME DE DEVELOPPEMENT, mais la RENONCIATION A LA VENGEANCE et l’EDUCATION CIVIQUE sont les bases de la réussite de ce programme.
Ainsi ACI se propose d’ici la fin de l’année 2019 de faire une proposition concrète pour la réconciliation sur cette base.

IV- NOTRE PROGRAMME A COURT TERME
En vue de contribuer à la normalisation de la vie politique en Côte-d’Ivoire, à partir du mois de décembre 2019, ACI va mettre en œuvre les activités suivantes, après cette conférence de presse :
Le samedi 07 décembre 2019, nous organiserons une journée nationale de repentance, qui sera doublée du lancement d’une tournée nationale ;
A partir donc du 07 décembre 2019 jusqu’au 26 avril 2019, une tournée nationale qui va commencer par les grandes communes du district d’Abidjan, pour sensibiliser les populations sur les élections et les informer sur leurs responsabilités.
A la fin de la tournée, nous ferons une conférence bilan et vous annoncerons la suite du programme.

Chers membres de ACI,
Chers amis de la presse,
Mesdames et messieurs,

Voici ce que la société civile propose pour un minimum de climat apaisé avant les élections. La plus grande responsabilité incombant au pouvoir en place, nous l’exhortons à en prendre toute la mesure et à y faire face, dans l’intérêt supérieur de la Côte-d’Ivoire qui n’est pas encore une Nation et aussi en leur qualité d’houphouétistes, au lieu de continuer à accroitre les divisions.

Nous étions à trois (3 ans) des élections lorsque nous avons commencé à faire des propositions pour la paix. Nous sommes actuellement à onze (11) mois de ces élections et le tableau n’a fait qu’empirer.

Citoyens, citoyennes,
Nous ne devons pas nous laisser conduire à l’abattoir sans réagir.
Soyons mobilisés pour participer à toutes les manifestations pacifiques qui seront organisées dans l’intérêt de notre pays.
Méditons ensemble cette citation de Jimi Hendrix : « Quand le pouvoir de l’amour surpassera l’amour du pouvoir, le monde connaîtra la paix. »
Fiers ivoiriens, le pays nous appelle !
Si tu veux la paix et la démocratie, bats-toi pour elles et contribue à leur restauration.
Fiers ivoiriens, le pays nous appelle !
Notre devoir sera d’être un modèle de l’espérance promise à l’humanité.

Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.
Je vous remercie.

 

lereperedabidjan
`